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Fantôme en VacancesPour un programme mouvinographique ( ghost version ) December 15 15 décembre 2008 - 00:51Retrouvailles. Je ne sais pas. Visites dans d'autres pays de ma vie. Ca fait longtemps. J'ai aimé. Je ne sais pas. C'était fort en tension. Oui. Absolument. Absolument. Apprentissages. Re-découverte d'aimer. Découverte de détester, de subir trop, de rouvrir des cicatrices. Retour en Malheurie mais entrée triomphale en Joie. Désordre si fréquemment fracassé entre mes tempes. Réseaux, influences, conflits, stratégie, âpreté, sécheresse, tendresse déçue. Interprétations faussées ou vérités embrumées. Ca s'est mal passé mais bon. Ses yeux, ses lèvres, ses caresses, sa fraîcheur, sa voix, son coeur, son rire, ses expressions, ses souvenirs, sa pensée, ses rêves, ses espoirs, ses pleurs, ses douleurs, ses peurs : j'ai tout partagé et partage encore. Encore, encore. En corps et en coeur.
Le monde pendant ce temps se précipite dans les avions les voitures les trains les fusées. Accélérateurs de particules biologiques économiques. 6 milliards de bonnes intentions et pourtant un mouvement amplement décevant. Des cris à nous rendre sourd ! Des colères à nous aveugler ! Des souffrances à nous insensibiliser !
Que faut-il que je fasse ?
Que faut-il que je fasse ?
Une pensée se construit. Une représentation s'élabore. Une image se structure. Une oeuvre s'articule. Une passion se vit.
Elle sera au centre, à la périphérie, partout. Devant, derrière, ombre, lumière.
J'espère donc être de retour. February 08 Le dormeur dans le métroIl faut quatre minutes de marche pour se rendre de l'immeuble du dormeur jusqu'à sa station de métro. La large avenue descend un peu. Sur la piste cyclage qui la longe, il n'est pas nécessaire de pédaler si l'on va dans ce sens. Les vélos filent sans effort comme des fusées. Près du kiosque à journaux réouvert récemment, le dormeur jette son mégot de cigarette. Son oeil est attiré par le panneau d'information municipale. Encore des écritures électroniques, affichage digital, alternance des numéros d'urgence, des nouveaux horaires de la RATP ou des dates d'une exposition. L'écran toujours omniprésent. Sur le quai, une information est délivrée en chiffres lumineux : le nombre de minutes qu'il faut encore attendre avant l'arrivée du premier train. S'il a le temps et de la monnaie, le dormeur s'achète une barre chocolatée au distributeur automatique. Ces magasins sans personnel, ces robots vendeurs ont l'avantage de ne pas être bavards. Mais trop souvent, ils fonctionnent très mal et l'acheteur est volé. Il insère des pièces, le produit qu'il a demandé en tapant un numéro reste coincé dans la machine, ou bien c'est le digicode qui est défectueux. Mais pour le même résultat : l'automate avale l'argent, ne fournit pas le produit demandé, et tout remboursement est impossible. Alors, une double frustration survient : celle de se faire arnaquer, et celle de ne pas consommer. Le train entre dans la station, il est presque vide à cette heure matinale. Seule la toute première voiture de la rame est remplie de voyageurs. Insectes, ils se sont tous aglutinés au même endroit. Est-ce pour se tenir chaud ? Est-ce pour ne pas avoir voulu se fatiguer à parcourir le quai ? Ils savent sans doute qu'ils seront mieux placés ainsi pour rejoindre leur sortie ou leur correspondance. A cette heure, les travailleurs ont une seule hantise : celle de ne pas être en retard d'une seule minute à leur travail. Le dormeur, qui prend le métro entre 5 h 30 et 5 h 50 selon les jours, sait bien qu'à chaque rame correspondent tels individus. Bien conditionnés, quotidiennement à la même heure à la minute près, il reconnaît ses compagnons de galère. Si bien qu'en apercevant tel homme ou telle femme sur le quai, il peut dire, sans regarder sa montre ou la pendule électronique du quai, s'il est plutôt en avance, s'il est tout juste dans les temps, ou s'il est en retard. Le dormeur aime avoir quatre place pour lui tout seul lorsqu'il s'installe dans le métro. L'hiver, il se pelotonne dans son manteau et se sert des fauteuils en face de lui pour appuyer ses pieds, position très confortable. Il mange sa barre chocolatée, Kit Kat Chunky, Twix ou Snicker. Jolis noms pour de la nourriture rapide et industrielle. Parfois il rédige un texto à l'aide de son téléphone portable. Il montre ainsi qu'il a une pensée pour une femme. Elle lui répondra peut-être. Le petit écran bleuté s'éclaire, le sons émis par les touches est enrobé, de faible volume et plutôt agréable pour une oreille habituée à la culture électronique. Le téléphone pose des questions, il exige sans cesse des confirmations, il offre des options. « Votre texto à Muriel a bien été envoyé ». Muriel est loin, comme les autres. Il ne la voit jamais. Il lui parle souvent ou parfois, mais elle a sa vie et elle n'a pas l'intention de construire quelque chose avec le dormeur. Toutes ces sociabilités sont taïwannaises. Taïpei est la ville modèle. Il faut penser aux films que Tsaï Ming Liang a tourné dans les années 90. « The hole », « Les rebelles du dieu néon ». Wong Kar Waï a fait le même constat à Hong-Kong. Et le métro du dormeur, avec ses voyageurs pressés mais fatigués, arrive à la station où il doit impérativement descendre chaque jour. February 05 Le dormeur dans la rueTristement, la vie professionnelle génère des rituels barbares. Chaque matin, le dormeur fait finalement les mêmes gestes quasiment dans le même ordre et aux mêmes heures. D'abord, il quitte ses vêtements d'intérieur pour mettre une chemise et un pantalon qui ne dérangeront personne durant la journée. Ensuite, il met ses chaussures, assis sur le bord de son lit. Toujours la droite en premier, et la gauche ensuite. Puis, s'il fait froid, il se couvre d'un gilet ou d'un pullover en laine. Il décroche son manteau qui se trouve dans la penderie de l'entrée, entoure son cou d'un cache-nez et prend son téléphone portable qui va dans sa poche droite. Dans la gauche, il cache un briquet et un paquet de cigarettes Fortuna neuf. Se dirigeant vers l'entrée, il éteint les lumières. Des objets sont encore nécessaires à son expédition banale : le porte-feuille dans sa poche intérieure, la carte-orange du métro avec les cigarettes, un deuxième briquet et le porte-monnaie à droite dans le pantalon. Le dormeur vérifie qu'il est à peu près bien coiffé, ouvre sa porte, appelle l'ascenceur dans la pénombre du palier, allume la lumière de l'escalier, éteint celle de son appartement, ferme les deux verrous de sa porte, monte dans l'ascenceur, appuie sur le bouton du rez de chaussée, sort le paquet de Fortuna de sa poche, en retire l'emballage transparent en plastique qu'il jettera dans la poubelle du hall. Il traverse une petite cour et sort dans la rue. Il fait nuit. Il allume une cigarette et entame sa marche vers la station de métro. Il doit regarder sa montre pour s'assurer qu'il n'est pas en retard, car le retard au travail est impardonnable. Tous ces gestes lamentables se répètent chaque matin à longueur d'année. Le dormeur n'a pas choisit de les effectuer, ils lui sont imposés par le monde socio-professionnel auquel il a été obligé de s'insérer pour se loger et se nourrir. La cruauté de ces habitudes est inouie. La violence subie est infâme. La répétition appuie sur le cerveau pour l'enfoncer dans le bitume de la rue grise. C'est inadmissible, mais puisque tout le monde l'admet, il n' y a rien à faire. Le dormeur et l'hypnoseAvant de partir au travail, le dormeur a pris l'habitude de consulter les différentes messageries dont il dispose grâce à son ordinateur. Dès qu'il sort du lit, après des hésitations bien compréhensibles, il se hâte d'enfiler des vêtements confortables et souples. Puis il se branche sur France-Info, s'asseoit par terre, entrouvre sa fenêtre, hiver comme été, et allume une cigarette. C'est ainsi qu'il s'adapte à la journée qui débute. Souvent, après une seconde clope, il se redresse et marche jusqu'à son ordinateur. Il a juste à enfoncer une touche du clavier et l'écran s'éclaire, le bureau apparaît, avec son image coutumière choisie soigneusement et ses petits raccourcis en forme d'icône. Outlook Express est d'abord visité. Essentiellement des publicités. Puis le dormeur ouvre sa boîte Yahoo, souvent vide au petit matin. Enfin, il va vérifier si des amis, aussi appelés contacts, sont présents sur Windows Live Messenger, sa messagerie instantanée préférée. A cette heure matinale, seuls ses copains américains sont susceptibles d'être connectés. Pourquoi ce besoin de messages ? Pourquoi ce besoin d'écran ? Il vit seul au jour le jour. Il n'a pas de grand projet pour défier majestueusement le futur. Comme l'aveugle, ou le bon dormeur qu'il est, il avance dans la vie avec une allure de somnanbule. Il est hypnotisé par les écrans, retenu à eux par des forces profondes. Il prend de petites décisions minutes après minutes. A qui va-t-il écrire ? A qui va-t-il parler ? Dans quel but ? A-t-il des informations importantes à délivrer à Marie ? Sandrine sera-t-elle heureuse qu'il lui fasse un rapide coucou ? Et dans l'optique plus ambitieuse de faire une rencontre sentimentale déterminante pour son destin, il lui arrive de devoir faire des choix, de hiérarchiser ses contacts, et de naviguer à l'aveuglette en se laissant porter sur les canaux parfois tumultueux du coeur, du sexe et de la raison. Il n'a pas remporté de grands succès sur le terrain de l'amour, mais sa vie affective est bien remplie. Il y croit encore et toujours. Après un échec, il se relève vite. Le danger étant de se laisser piégé par les promesses de lendemains meilleurs tout en se montrant aveugle vis à vis de bonheurs accessibles immédiatement dans le présent le plus proche. Internet, qui pourrait être un outil de communication et de rencontre extraordinaire et totalement neuf, a le gros défaut des humains : préférer demain à aujourd'hui parce que c'est moins risqué de remettre à plus tard tout ce qui est important. « We want the world and we want it now » hurlait Jim Morrison. Le pauvre garçon... C'était un voeu pieux, pour lui comme pour les autres. Seul Philippe Garrel a réussit quand mai 68 a échoué. Son film « Les Amants Réguliers » le prouve. Comme un bon remède contre sa futuropathie, comme un vaccin, comme un purificateur de mémoire, ce long métrage en noir et blanc se trouve parmi les documents de l'ordinateur du dormeur. Aura-t-il le courage de se réveiller quand l'hypnose des écrans détermine tant sa vie ? February 04 Le dormeur se réveilleIl fait nuit. Il fait noir. Des sources lumineuses faibles éclairent de toutes petites surfaces d'espace sur quelques meubles, quelques objets. Ce sont ces lueurs vertes, rouges ou bleues, un peu froides, qui ne s'éteignent jamais dans nos appartement loués. Affichage digital de l'heure sur le radio-réveil, diode de la chaîne hi-fi ou voyant de veille de l'ordinateur. Comme les humains, les machines électroniques sont en sommeil. Nous vivons parmi ces objets serviles qui réagissent à des ordres basiques, ON / OFF. Heureusement, nous nous sentons plus complexes que cela, apparemment. Et pourtant nous sommes sans doute dotés d'interrupteurs, de boutons « Power » et de potentiomètres. Entre eux, les humains règlent leur volume, leur marche et leur arrêt, par des systèmes hiérarchiques de pouvoir multiples, polyvalents et interchangeables. Interrelations machinales dont nous n'avons plus vraiment conscience, à l'image de ces appareils électroniques qui ne sauront sûrement jamais qu'ils ont été créés pour servir l'espèce humaine. En théorie, le jour où l'homme fabriquera une machine artificiellement intelligente ayant une conscience d'elle-même, il aura dupliqué la liberté. Car, en théorie toujours, être conscient de sa propre existence génère des actes et des paroles libres. Mais en pratique, les hommes sont très loin d'avoir acquis ce degré de lucidité. La lumière n'est pas allée partout dans leur cerveau. Des zones d'ombre persistantes nous dissimulent nos peurs, nos mesquineries et nos entraves. C'est encore la nuit. Il est 4 h 25 du matin. Le dormeur est toujours assoupi. Il respire paisiblement, il est immobile, il a chaud, il est presque nu, il a les yeux fermés. Brutalement. Brutalement, hurlement du radio-réveil. La station de radio NRJ porte bien son nom. Mais loin d'en donner, elle en retirerait plutôt. Machinalement, par un geste réflexe, le dormeur tend la main vers l'appareil ultra-bruyant pour appuyer sur un bouton très accessible. Les sons se taisent. Il peut encore rester dans le confort moelleux durant 9 minutes avant que la radio ne se réveille encore. Le dormeur a le choix entre demeurer dans la position du sommeil ou se lever. S'il voulait faire son Alexandre le Bienheureux, il resterait à jamais dans son lit. Quel entrepreneur, quel financier ou quel politicien viendrait lui faire des reproches ? Aucun. Ils lui feraient tous payer très cher son refus d'obéir, cela est certain. Mais aucun ne viendrait sonner à sa porte pour le raisonner. Le dormeur ne pourrait plus payer son loyer, ni ses cigarettes, ni son eau, ni son électricité, ni son téléphone, ni internet, ni sa nourriture, ni rien. En choisissant de rester couché, il prendrait de gros risques pour son confort, sa santé et ses relations socio-professionnelles. Il faut pourtant tout envisager. La liberté n'existe que si l'on en use. Dans le cas contraire, elle n'est qu'un mot vide, un concept inactif. Les conséquences d'un choix sont souvent graves, ou plutôt sérieuses. Le dormeur utilise donc ces 9 minutes de silence pour réfléchir, penser, évaluer sa situation, peser le pour et le contre. Il décide finalement de se lever, de faire sa toilette, de s'habiller et de partir travailler. January 14 Le lycée sans politique : la jeunesse d'Alexandra.Que sont nos années de lycée si nous ne faisons pas de politique ? Que sont mes années ? Faire de la politique. Avec le verbe faire, action par excellence. Agir. L’envie d’agir. En politique. Pour le bien commun, donc. Pour les autres et moi. Quoi ? M’impliquer au sein d’un syndicat ? Qui défend les droits des lycéens ? Organiser des réunions ? Discuter des orientations de tel ou tel parti ? Approuver ou critiquer les décisions d’un député ? Faire pression pour qu’une loi ne soit pas votée ? Au plan national, régional, départemental, cantonal, municipal. Ce n’est pas possible ! Et je dis « Non » ! J’ai l’âge des révoltes avec un début de raison. J’ai l’âge des rassemblements de foule, des défilés bruyants, des grèves interminables… J’ai l’âge du baccalauréat. Sésame essentiel pour la suite de mes études, pour la suite de ma carrière. Alors le bien commun devient un peu secondaire, non ? Ce n’est pas Ingrid, Sophie ou Matthias qui passeront les examens à ma place. Ils ne m’achèteront pas une voiture, ne m’aideront pas à payer mon loyer, ne me donneront pas à manger en hiver si j’ai chanté tout l’été. Non, je ne milite en rien. Je n’en vois pas l’intérêt ou plutôt ce n’est pas dans ma culture. J’ai les pensées tournées ailleurs puisque mes parents, dès ma naissance, ont orienté ma tête d’un autre côté. Mais sans politique, que devient mon lycée ? Si je ne prends pas les commandes ? Car je devine que dans le militantisme, on fait ses armes pour affronter la vie moins protégée du futur. Comme ces lionceaux qui jouent à se bagarrer, qui sortent un peu les griffes. Ils jouent, mais surtout ils apprennent. Mais moi qui ne donne pas de rendez-vous dans les cafés, moi qui ne m’adresse pas à la foule avec le haut-parleur, moi qui ne défend pas les positions du groupe devant l’adulte décisionnaire et responsable, moi qui n’applaudit pas dans les meetings, moi qui ne se crée ni réseau ni carnet d’adresse, moi qui n’aie pas d’allié et pas d’adversaire, j’apprends quoi pour affronter la vraie vie ? M’insérer dans le socio-professionnel sera un problème sérieux. N’ayant jamais joué, je ne connaîtrai pas les règles, et ne connaissant pas les règles, je serai mis à l’écart. Les grands adultes considèreront à coup sûr que je devrais déjà savoir manœuvrer dans cet environnement rigide du grand jeu de société. Economie, politique, stratégie, développement de carrière, chasseur de tête, ressources humaines, forces vives, diplomatie dirigeante, j’en passe et des meilleurs. Pour les restaurants huppés, les goûts de luxe et les questions notariales, je repasserai éternellement le concours. Ah oui, important ! Je ne pense pas. Ils disent qu’il faut avoir une « conscience politique ». Je ne sais pas ce que c’est. Je suis un petit animal. Je suis une petite instinctive. On m’effleure, je frissonne. Ma tête, là-haut sous mes cheveux, voit défiler toutes les passions violentes de la Terre. J’ai l’impression de tout savoir. Je possède sans doute tout le théorique nécessaire pour être une divine. Mais je n’ai pas les mains pour faire les gestes, je n’ai pas la langue pour dire les mots, je n’ai pas les jambes pour aller où il faut, je n’ai pas les nerfs pour arrêter le flot continu. Alors, je suis comme le réseau de télécommunication mondial. J’émets, je reçois, je suis une vectrice. Je laisse passer par moi toutes les images du monde. Juste le temps de m’émouvoir et le film continue. Donc, je n’ai pas de conscience politique. Je sais tout. Il faudra que j’apprenne à faire fructifier ces valeurs inutiles. Un jour, peut-être. September 25 Fantôme revient. Plus vacancier que jamais.Se fier aux apparences, voilà le danger ! Je suis mort, je ne m'en suis jamais caché ! J'en ai fait la publicité, je l'ai crié sur les toits pour que mes interlocuteurs s'en persuadent et j'ai depuis mai dernier donné ici des récits édifiants qui, je le crois, ne laissaient planer aucun doute quant à mon état véritable... Je ne suis plus qu'un esprit dont le corps est décomposé, redevenu poussière. Impossible de savoir où mon squelette repose. Que ceux qui souhaitent rencontrer Hervé m'écrivent... Je lui transmettrai votre demande. Lui est vivant avec deux grands "V", il danse dans les rues de Paris ou ailleurs, il parle beaucoup, souvent pour ne rien dire, il rit, il pleure, il souffre, il jouit. Moi, le fantôme d' "En vacances sur la Terre", je vais et je viens, non pas entre des reins, mais attiré plus souvent par des cris d'angoisses que par des soupirs sereins. J'ai décrit naguère mon quartier général, mon Windows Dead Space ! Ce fut mon dernier texte à propos de la religion du vide que personne n'a vraiment compris. Mes ami(e)s ont cru que je broyais du noir alors que je décrivais au contraire le berceau de toute vie. La chambre de bébé est mauve. Des petits lapins beiges à l'expression étonnée ornent les frises, de sympathiques et douces peluches d'ours ou de chatons sont assises sur la commode en bois clair, les étoffes respirent l'assouplissant. Les petits draps, le petit oreiller, la petite couverture bleue sentent le pain frais. Il émane de ce décor une tiédeur réconfortante où tout désire apaiser un nouveau-né qui avant-hier encore vivait une vie de poisson recroquevillé. Voilà, sur Terre, le berceau des bébés chanceux ! Je parle pour les gens riches... mes frères... Mais là-bas, à des milliards d'années lumière où tout a commencé sans qu'il n' y ait de début, dans ce cosmos froid et vide où mon corps ne vivrait pas une minute et où mon esprit serait terrorisé, un autre berceau existe et je l'ai décrit dans mon texte précédent. Les particules, La matière, les mouvements, La VIE sont issues de ce vide, qu'on le veuille ou non. Du biologique s'est constitué par hasard à partir de rien et l'on est à mille millions de lieues de savoir comment. Le biologique est devenu Humain, l'Humain a réussi à se libérer de l'emprise de la Nature et s'est interrogé sur ses origines, contrairement aux chiens. Et voilà où vous en êtes ! Le Grand Vide, Notre Berceau à tous peut être retrouvé par la méditation. On peut dangereusement s'y ressourcer pour s'en extraire encore et encore à grands coups de Vie Dure. C'est de la résurrection dont je parle ici et l'évangile n'est pas autre chose que celà ! Au tombeau, Notre Jésus abandonné le temps d'un week-end par les forces de la Vie a fait l'expérience infâme du berceau terrible. Il est revenu, il s'est réveillé, il est ressuscité. Ne m'accusez donc pas de me complaire dans le néant, la vacance et les idées noires ! Je ne parle que de la Vraie Vie, celle qui est une résistance à des forces opposées ! Manger, boire, partir, revenir, parler, gagner de l'argent, écrire, dessiner, faire l'amour, aider, soigner ou se soigner, apprendre, penser, se battre, dormir, entretenir : tous ces verbes de vie font chacun à leur manière de la résistance... J'ai vu des petites plantes que l'on appelle parfois "mauvaise herbe" pousser à la jointure de deux plaques de bitumes dans une ville immense où pieds et roues dominent... Remarquez-vous ce signe de vie ? Il s'appelle "résistance". Peut-être même "Liberté" ! July 31 Projet pour une Religion de la Vacance.Déjà, il faut un Dieu; mais là, il n' y en a pas. Il (avec une majuscule), Il est (ou Il n'est) le Sans Nom, même pas l'Innommable, non. Il est l'Inexistant, le Grand Inexistant, le Grand Absent de l'Univers ou GAU, le GAU. Vouloir essayer de le dire, ou bien se taire à son sujet revient exactement au même. Celà aboutit au même résultat. Il n'y a rien à dire sur Lui, ce Dieu, Non-Dieu, ND, Vide, Vacant, Noir (il est plutôt noir, sans lumière), silencieux (il n'émet aucun son, aucune parole). A la limite, on pourrait dire qu'il est juste un espace-temps, un "lieu où et quand". Mais dire que ce "lieu quand" n'est pas est également pertinent. Il ne peut en aucun cas s'incarner (évidemment), ni en physique, ni en biologie, ni en neurologie. Pourtant, sublime dans les années-lumières de l'Univers, il est omniprésent et absolument puissant. Mais son omniprésence (ou omni-absence) n'affecte pas forcément l'homme, l'individu humain; et son absolue puissante peut s'avérer sur nous ineffisciente. Pour faire l'expérience mystique de son existence absente ou de l'absence de son existence, il faut partir en chemin en soi. Le cerveau, à n'importe quel instant "I", est plein (tout le contraire du vide). Nier ce plein, longuement, au fil des mois terrestres, est envisageable. C'est un jeu auquel l'homme est capable de jouer. Dès qu'une idée, pensée, forme spectrale se présente : lui dire "NON" ! En niant, je tue, j'élimine. Il y avait une pièce pleine, je suis en train de la vider peu à peu, en m'approchant du GAU. Et ce GAU, pour le rejoindre, au bout du sentier exterminateur, il faudrait que je m'élimine moi-même en utilisant l'arme de ma propre mort physique prématurée. Il existe au fond du cerveau, centre du système nerveux, un point de vue. Un lieu cérébral qui, une fois atteint, donne la possibilté de ne rien voir. Là, je sais que l'étape suivante, pour me fondre avec ce que j'aperçois, serait de me donner la mort. Je ne serais ensuite plus là, bien sûr, pour profiter de ma fusion avec le Vacant. Souvenons-nous de la leçon d'Epicure : la mort ne nous est rien. Rejoindre le GAU, c'est aussi perdre l'accès à sa propre conscience des choses. Il est dans les nerfs un lieu si proche de l'Absent Universel que la vie humaine individuelle n'y est plus que physiologie à peine sensible et consciente de ce corps. Les flux ralentissent infiniment. Vide fascinant au départ, vide attirant qui peut mettre en mouvement le plein vers lui, dans sa direction. Définition du Trou Noir. En être le plus près possible, avec les maigres désirs qui nous restent, donne l'envie de le fuir, de s'échapper à toute jambe, de courir loin de lui dans l'autre direction. Car sinon, c'est conscience pour et de rien; un pas de plus : la mort, la vraie, cardiaque et cérébrale. Inexistante elle aussi, inconcevable. Pour partir en quête, il faut un désir. On peut par exemple penser que ce que l'on a dans la tête n'est que mensonge (mysticisme asiatique) et qu'il faudrait trouver l'ultime vérité qui remettrait tout en ordre, qui effectuerait si bien la ségrégation entre le vrai et le faux que l'on serait ensuite guéri de tout. Une souffrance, et l'envie de la fuir, peut initier une quête également. Vérité et soulagement sont des buts, des objectifs et le désir un moteur. Es-tu prêt à tout risquer juste pour revenir au point de départ ? Car je te préviens, là-bas, il n' y a rien ! Pourtant le but obsédant autorise le voyage et c'est un voyage initiatique. Souhaites-tu l'entreprendre ? Souffres-tu assez pour celà ? Car l'intensité de ta quête sera proportionnelle à celle de tes maux. Souffrir peu, hélàs, interdit bien des découvertes prodigieuses. Peu sentir détourne des sentiers libérateurs. Il y aura un jour un culte pour cette religion du Vacant ! Des rituels, des messes, des cérémonies sacrificielles. Et tout se fera dans la plus immense solitude, car le vide n'aime pas les groupes. July 29 Un Extrait EssentielL'Art de Jouir - Michel Onfray - Le Livre de Poche - biblio essais.
" La vie entière de Nietzsche est placée sous le signe du compromis avec le corps. Des premières douleurs de son adolescence aux prostrations du fou, il aura connu tout le spectre des variations sur le thème de la chair comme lieu d'une pensée qui se fait, s'élabore, se déploie. Les caprices de l'organisme génèrent les intuitions qui travaillent le caractère, la peau, et produisent des éléments avec lesquels on constitue une vision du monde. La tension des conflits à résoudre est parfois telle que la machine s'en trouve pulvérisée. Le corps de Nietzsche est d'une extrême fragilité sensible à toutes les données immédiates de l'expérience. Les nerfs emmagasinent une quantité d'énergies avec laquelle les mécaniques les plus délicates s'engagent du côté de l'autodestruction. D'où l'idée qu' "on a nécessairement la philosophie de sa propre personne." De belles pages du Gai savoir montrent la corrélation entre corps et pensée, puis racontent combien la chair est d'autant plus susceptible de servir de lieu pour une pensée qu'elle est d'une complexion chétive ou hantée par une sensibilité maladive. Sans hyperesthésie, il n'est pas de pensée existentielle possible. (...) La formule de Georges Bataille, "connaître en brûlant", convient à merveille à ce destin philosophique préoccupé toute son existence par la question dyonysienne. Où l'on retrouve Bergson et son idée, juste et puissante, qu'un philosophe n'est jamais que l'homme d'une seule idée diversement modifiée, une sorte de musicien du réel qui ne cesse d'effectuer des variations sur un même thème. Ecartant la question de sources et de l'inscription du penseur dans un temps qui l'influencerait, Bergson veut voir dans une pensée la tentative pour dire une seule chose, aperçue sur le mode de la révélation, de l'intuition, de l'extase, de la conversion. Une philosophie, c'est la tentative de dire ce qu'un corps exige. Ainsi, "tout se ramasse en un point unique dont nous sentons qu'on pourrait se rapprocher de plus en plus quoiqu'il faille désespérer d'y atteindre." La vie entière n'y suffit pas, chaque livre montre le fossé qui se creuse entre ce qui est apparu un jour et ce qu'on voit s'enfuir vers l'indicible, l'ineffable. July 21 Logement toujours : famille.L'espace de la famille.
Le foyer (lieu chaud, confortable, sécurisant. Protection, lumière dans la nuit, délimitation d’un espace qui est notre et où les autres sont seulement des hôtes de passage). Le foyer constitué par 2, des enfants deviennent possibles. Ils seront bien accueillis, on préparera leur arrivée. La mère dans l’attente de la naissance connaît bien son refuge. Elle commence à prendre soin de l’enfant là où elle habite. Les parents se retrouvent, élaborent, envisagent, prévoient, rêvent. Là , ils veulent être sûrs que l’enfant se sentira bien. Ils lui offriront d’emblée ce premier cadeau matériel : un foyer. C’est donc un droit premier, puisque aucun père, aucune mère ne peuvent accepter sans colère ou désespoir l’idée que le bébé arrivera sur Terre dans un lieu sale, froid, exigu, malsain, violent. Des parents, pour l’enfant, veulent tout le contraire de çà. D’autant que le bébé est d’une extrême fragilité, qu’il n’a aucune autonomie. Et puis il grandira, aura 3, 5, 10, 14 ans un jour. Et à chacun de ses âges, cette progéniture aura un rapport à son foyer différent, évolutif, très sensible ou sentimental. Alors pour une famille, il est essentiel que le logement soit bien et bon. Beau si possible. Il est de toutes façons absolument utile. En être privé, dans notre monde actuel, pour une famille, est dramatique et intolérable. Jadis, des chrétiens étaient charitables. Ils offraient sans rien attendre en retour, croyant que leur Dieu, les voyant agir si bien, leur rendrait un jour au centuple le geste d’amour qu’ils avaient pratiqué avec désintéressement. Aujourd’hui, seule la communauté des hommes par la voix de leurs représentants est capable d’incarner une nouvelle sorte de charité au nom du bien-être de tous, au nom d’un combat perpétuel contre toute souffrance. Ainsi, une femme ou un homme seuls, un couple, une famille doivent recevoir un logement propre, adapté à leurs besoins élémentaires, sécurisant et possédant les caractères singuliers dont l’homme a besoin pour ne pas se sentir méprisé. Pour ce don de la communauté, le nouveau-logé peut exprimer sa reconnaissance en participant à la bonne marche d’un système social lui ayant fourni ce bien essentiel. Encore faut-il que cette société-là ait besoin de lui. Un toit solide et vaste apporte une première confiance qu’un désir exprimé par la communauté envers le bien logé vient renforcer et valider pour toujours. Oui, il faut que cette communauté exprime son besoin de lui. Il faut qu’elle le regarde en face et reconnaisse l’une ou l’autre de ses valeureuses capacités. Dans le cas contraire, le bien-logé est condamné à rester enfermer chez lui, sans pouvoir participer à un mouvement social qu’il aurait pourtant peut-être envie de remercier par des actes. Premièrement, logement sans condition. Deuxièmement, reconnaissance et participation.
Les échos que nous recevons actuellement à propos des sans-abris, des mal-logés, des familles expulsées de squattes insalubres mais aussi du chômage et du désenchantement socio-professionnel doit nous inviter à tout réévaluer pour reprendre sûrement à zéro toute politique sur ces questions. July 12 Logement : seul(e) ou à deux.Notes diverses pour projet au conditionnel : (La vocation de cet espace : penser, préparer, envisager, pré-voir, concevoir des projets mouvinographiques).
Droit au Logement (encore et toujours).
Argument principal du film : La première des égalités est le logement. Droit au Logement . Une garantie ! On ne peut rien redire à celà. C'est un ordre, un impératif. Dans un monde non-sauvage, non-naturel, la phrase : "Fournissez-moi un logement !" est l'impératif primordial, absolu. Puisque l'on n'est plus libre de se construire sa maison soi-même au fond d'un bois ou dans un vallon en utilisant les matériaux de la nature.
Le logement, qu'est-ce que çà représente pour une personne seule ?
L'autonomie, la liberté, l'acquisition d'un mode de vie à soi, l'invention de sa personnalité pratique, l'actualisation de ses véritables goûts sur tous les plans - maîtrise de son espace-goût (j'ai un lieu où centrer mon esthétique). La possibilité d'avoir une vraie adresse donc une existence administrative et citoyenne. Les nomades, que j'admire, sont aujourd'hui en état de faiblesse, hélàs. C'est la liberté de mouvement, la liberté amoureuse et sexuelle, la structuration psychologique de l'adulte. Un lieu refuge, un lieu secret (dans mon cube, personne ne me surveille) mais aussi un lieu de convivialité, un lieu d'accueil et d'échange. Dans les villes où les gens vivent les uns si près des autres, c'est la possibilité de choisir ses moments intimes et ses moments sociaux. C'est aussi une responsabilité, la découverte de ses capacités véritables, la négociation permanente avec les réalités socio-économiques actuelles. Découverte de ses capacités véritables, donc, dans la révolte ou le compromis. L'amorce d'un développement personnel qui s'épanouira au fil du temps. C'est le berceau de soi dans un monde privé de racines stables. C'est le commencement réel de sa vie, la fin symbolique du lien aux parents, l'effacement des influences familiales plus ou moins bonnes (il est temps de faire le tri : nouvelle génération !). Début du sujet adulte, prise en main de soi par soi.
Le logement, qu'est-ce que çà représente pour un couple ?
C'est l'envie de partager encore plus. De faire l'expérience sous le même toit du 2 et du 1. Qu'est-ce que 2 et qu'est-ce que 1 quand on a la même adresse ? Une temporalité de l'amour doit se construire. Quand l'autre est-il à la maison, à quelles heures ? Est-ce que cette maison est investie davantage par l'un ou l'autre ? Y-a-t-il une frontière entre deux espaces, ou osmose ? Qu'est-ce qui est partagé ? Et qu'est-ce qui reste individualisé ? Le besoin d'une chambre pour la tendresse, le sexe, le sommeil à deux (souvenirs du mariage de Figaro, du lit de Pénélope et Ulysse). La cuisine pour les plaisirs des repas partagés. Le salon pour les loisirs sonores, visuels. Bibliothèque, lecture. Et les amis. Quel bonheur à rentrer chez soi qui est aussi un chez l'autre ? Est-ce que j'ai hâte de rentrer chez ce "nous" ou est-ce que je traîne dehors ? Que se passe-t-il quand je vais bien, et quand je vais mal ? Maladie du corps ou de l'esprit. Et l'autre ? Inventer chaque jour un rythme à deux. Quelle musique pour l'appartement du couple ? Comment se singulariser encore quand on ressent cette envie ancestrale de fonder un foyer (de faire comme tout le monde, donc) ? Quelles formes de vie inventent-ils rien que pour eux, ce nous-là ? Qu'est-ce qui fait que leur vie à deux dans ce lieu-là ne ressemble à aucune autre ? Les jours qui se ressemblent, le poids gênant du répétitif, et les joies que ces répétitions du même procurent aussi. L'inédit qui éclaire, allège la vie. Avec, sans, seul, à deux. L'amour, la sexualité, les deux. Les désirs concordants, les désirs discordants. Dire sans arrêt : "nous", "notre". L'être et l'avoir se conjuguent maintenant à deux. Comment s'accorde-t-on avec çà ? Est-ce qu'on s'aime toujours ? Est-ce qu'on rit toujours ? Est-ce qu'on se désire toujours ? Ou pas ? Combien de temps ? Rester là ou déménager ? Le confort à deux ? Les règles à deux ? La sécurité à deux ? Les zones d'ombres à deux ? Le même toit. Toi sous mon toit. La matérialisation d'une histoire. Léger ou lourd. Indispensable ou facultatif pour s'aimer véritablement ? June 26 Vacances et vacanceUne expression revient parfois dans la bouche de ceux qui sont satisfaits de leurs petits congés : « J’ai eu des vacances bien remplies ! » Le schéma mental le plus répandu actuellement est de considérer que les 5 cinq semaines de temps libre que les employeurs accordent à leurs salariés sont les seuls vrais moments où l’on est souverain de son temps. Attendre avec impatience ces jours-là reste un leitmotiv du travailleur. On dit « Vivement les vacances ! », « Enfin les vacances ! », « J’ai besoin de vacances ! » ou « J’aurais mieux fait de rester en vacances ! » Se lever à l’heure que l’on veut, ne faire que des activités plaisantes et non-imposées, s’amuser autant que possible, voir de nouveaux pays, partager ce bon temps avec des êtres chers. Il semble que la vraie vie se cristallise entièrement là, alors même qu’il ne s’agit que d’un petit dixième de l’année. Plaisirs d’autant plus intenses qu’ils sont courts ! Tout le monde accepte cet état de fait sans broncher : le chômage est le mal absolu, la pire des misères sociales et la cause de tous les maux selon une idée politiquement admise par une grande majorité de terriens. Le travail permet de structurer sa vie et de la financer. Le travail substitue des règles rigoureuses à une morale incertaine, il constitue un appui solide pour les hésitants, il promet des pouvoirs nouveaux, des épanouissements individuels, de l’élargissement des capacités humaines. C’est par lui que se jouent les réussites et les échecs, il détourne du désœuvrement, il donne de la consistance au temps. Sa répétitivité rassure ceux qui auraient peur de manquer d’imagination et de créativité pour inventer leur propre vie. Le travail évite également de se poser des questions profondes sur le sens de l’existence : vendre des voitures, enseigner le latin ou faire pousser des fleurs sont des activités qui suffisent à justifier son rôle dans l’univers. Tant pis si les voitures polluent l’air, tant pis si les élèves perdent leur latin le lendemain du bac et tant pis si les insecticides sont produits par une industrie chimique dangereuse. Faire ce qu’on nous demande ou se mettre en position d’ordonner aux autres d’exécuter telle ou telle tâche nous exonère de penser aux vacances (comment gérer ses plaisirs soi-même à temps plein et jusqu’à la mort) et à la vacance (sans Dieu ni maître, comment puis-je me comporter envers autrui ?). Donc, les vacances sont courtes, le travail nous structure et le vide nous effraie. Pour accéder à un véritable état d'esprit permanent de vacances, je ne sais qu'une solution : oser affronter le vide et ses gouffres. En nous-mêmes, au plus profond, il existe une zone terrible et merveilleuse où tout redevient possible après une table rase effrayante de nos préjugés, de nos erreurs, de nos persanteurs psychologiques au caractère aliénant. Nous avons été structuré par les autres, il convient maintenant de nous offrir à nous-mêmes notre propre structure : c'est là le cadeau le plutôt utile et libérateur que l'on puisse se faire. Pour atteindre son « cogito ergo sum », souvenez-vous, Descartes avait douté de tout. La méthode, sinon le discours, est toujours d'actualité. Les pensées présentes dans un cerveau pourraient être considérées comme de la matière fantôme. Ce sont des objets invisibles. Ils pèsent, appuient, agissent, forcent, influencent mais ils sont intouchables avec les mains. Etranges objets qui ont des conséquences si absolues et qui pourtant ne font pas lever d'un milligramme l'aiguille de la balance. Peut-on croire que cette conscience d'avoir les pensées pleines n'est qu'une illusion ? Des milliards d'années lumière au cube ou au carré contiennent, on le sait, cette nuée électrique de souvenirs ou d' idées. Avant moi, le monde était sans existence, et après moi le néant. Ce contenant, le vide, plutôt noir, semble toujours dissimulé par les couleurs chatoyantes de nos pensées, qui sous mille formes graves ou légères, interdisent l'accès aux parois de la boîte obscure où tout est réuni. Je le crois : ces idées en formes de fantômes colorés n'appartiennent à soi-même qu'à partir du jour où l'on a décidé de se les approprier. Avant, elles sont seulement louées, prêtées, volées, imposées... Le but du voyage, au départ, consiste à découvrir l'identité du propriétaire. A qui appartiennent mes pensées ? Parmi toutes celles-ci, lesquelles sont plutôt mon bien, plutôt celui d'autres humains. Ou bien, existe-t-il un créateur d'idées dans le ciel ou sur la terre qui a rempli mon cerveau noir tout vide au fil de mon insouciance et qui dirige à présent, à mon insu, ma vie ? A qui est-ce que j'appartiens ? A moi-même ou à d'autres fantômes ? Suis-je libre, esclave, affranchi ? Et la réponse à ces questions nécessite de l'attention, du temps, de la patience, mais surtout du courage. Car pour être en vacances, il faut passer par une zone de sang. Le chemin est violent. L'obsession de la quête du ou des propriétaires de mes pensées peut me rendre fou. Je me demande, à mi-chemin, si je retrouverai la route du retour. Et l'on trucide à tour de bras les idées fausses, imprécises, erreurs ancestrales. On se prépare à pouvoir tout remettre en cause sans jamais tenir rien pour acquit et définitif. On s'émeut, on se meut sans arrêt. Esquive, adresse, fuite, destruction par le feu. Seul le feu détruit les pensées des autres. La guerre achevées, le terrain de bataille disparaît. Le cerveau où les combats eurent lieu est exténué, presque mort. On entend l'écho du vide. Ca résonne. On ne raisonne plus pour rien. Le pensable a été pensé et l'impensable est atteint. Il n'y a rien. Il faut se lever, trouver la force de revenir. Sur cette route désolée, on peut croire à une défaite. Et pourtant non. Les pensées qu'on avait abandonnées, tuées, brûlées à l'aller ont refleuri au retour. Et alors qu'auparavant, elles ne portaient pas mon sceau, voilà qu'à présent, j'ai la certitude qu'en les adoptant, je les fais miennes à jamais. Voilà comment on devient vacancier. Suivre la RN 00 jusqu'au sublime carrefour. June 15 Alexandra et le Fantôme18 juin 2006. 21 h 55. Alexandra sur MSN Messenger avec un inconnu. Alexandra dit : Bonsoir Fantôme dit : Bonsoir, comment vas-tu ? Alexandra dit : Très bien et vous ? C'est la première fois que je parle à un vrai fantôme. Fantôme dit : Vous avez déjà parlé avec des faux ? Alexandra dit : Rires. Non plus. Ni des faux, ni des vrais, vous êtes mon premier. Mais votre pseudonyme ne signifie peut-être rien ? Fantôme dit : Mais ce n'est pas un pseudonyme. J'ai perdu toute autre identité. Je ne suis plus qu'un esprit qui hante, et même si j'avais un nom, ce serait celui d'un autre qui n'est plus. Fantôme dit : Le souvenirs du son "Alexandra" résonne merveilleusement à mon inutile oreille. Alexandra dit : Fantôme flatteur. Je m'appelle peut-être Germaine ? Rien n'est assuré ici... Fantôme dit : J'ai vérifier. Tu t'appelles bien Alexandra ! Je sais tant de choses à ton sujet. Je sais que tu dors toujours la fenêtre entrebaillée, je sais que tu aimes regarder tes pieds quand tu te lèves le matin, je sais que tu passes beaucoup de temps sur ton ordinateur, je sais que tu chantes en te préparant à manger... Alexandra dit : Tout cela est faux. Vous devez me confondre avec une autre. Fantôme dit : Non, non. Je t'observe depuis 5 jours. Ta porte est toujours ouverte, c'est facile. C'est un plaisir que les vivants disent pervers et nomment le voyeurisme, mais pour un fantôme, il ne s'agit que de son pauvre quotidien. Il n'a plus que cela à faire, vous regarder vivre. Vous ne pouvez que me pardonner mes intrusions dans votre sphère intime, puisque j'y suis condamné... Alexandra dit : Vous pourriez tourner la tête ailleurs, vous retirer dans un désert, ou hanter des forêts profondes où seuls les sangliers habitent. Si vous êtes aussi fantôme que vous le dîtes, vous pouvez aller partout. Pourquoi restez-vous chez moi ? Fantôme dit : Mais parce que je m'y sens bien, voilà tout. Je m'y ennuie beaucoup moins qu'ailleurs. Quand tu rentres vers 17 heures, le visage un peu fatigué, parfois chargée de plusieurs sacs. Quand tu te déplaces vers ta cuisine. L'air que tu déplaces qui, je crois, sent bon. Tu es le plus beau spectacle du monde. Parfois, te regardant aller et venir, j'éprouve une telle fascination que je connais presque des sensations de rematérialisation. Fugaces, certes, mais alors quelle jouissance ! N'as tu vraiment pas du tout senti ma présence autour de toi récemment ? Alexandra dit : Non. Vous déplacez des objets ou non ? Fantôme dit : Non. Alexandra dit : J'ai perdu une boucle d'oreille. Ce n'est pas vous qui l'avez cachée ? Fantôme dit : Non. Je la chercherai si tu veux, et te dirai où elle se trouve. Alexandra dit : Que vous serviez au moins à quelque chose... Fantôme dit : Tu es cruelle. Nous parlons pour la première fois. MSN me donne une voix pour m'exprimer. N'es-tu pas intriguée, curieuse ou enthousiaste de communiquer avec une chose telle que moi ? Alexandra dit : Je ne crois que ce que je vois. Prouvez-moi que vous êtes vraiment un fantôme, et je vous jure de devenir adorable. Si seulement c'est réel, alors ce sera une histoire extraordinaire, mais vous vous appelez sûrement Didier Machin ou Pascal Chose, vous vivez à Meudon et vous êtes mariés... Sur MSN, çà ne ferait aucune différence... Fantôme dit : Tu as un grain de beauté sous les poils de ton pubis. Quand tu prends ton bain, tu écartes la toison brune pour le regarder. Hier soir, en faisant cuire ton poisson, tu as chantonné un air entendu dans "Peau d'Ane". Le téléphone a sonné. Tu as parlé 13 minutes avec ton frère. Alexandra dit : C'est impossible... Fantôme dit : Quoi ? Alexandra dit : Mais je. Attendez, je reviens. Fantôme dit : J'ai tout mon temps. (Alexandra ne pourra peut-être pas vous répondre car son statut est "occupé(e)"). Alexandra dit : Vous m'effrayez. Vous êtes de la CIA, un espion ? Fantôme dit : Non. Alexandra dit : Je ne crois pas aux fantômes... Fantôme dit : Peu importe. Ca ne change rien. Alexandra dit : Et à quoi est-ce que çà m'avance, moi, qu'une sorte d'esprit se ballade chez moi et renifle me petites culottes ? Fantôme dit : Je t'en prie. Je suis un esthète. Néanmoins, tu pointes tout de même un sujet important : l'appartement d'une jeune femme seule (son espace, sa temporalité) est un délicieux lieu d'érotisme, pour qui sait bien observer. Quand tu t'es caressée, lundi soir, dans ton lit, le rose t'est monté aux joues. Alexandra dit : La lumière était éteinte. Fantôme dit : Ha Ha ! Alexandra dit : Pourquoi ce rire ? Fantôme dit : Tu avais le rose aux joues et tu as soupiré. Alexandra dit : Dîtes ? Je pourrais vous voir ? vous pourriez vous montrer à moi si vous le vouliez ? Fantôme dit : Pas encore, non. Alexandra dit : Pourquoi ? Fantôme dit : Parce que se faire voir des vivants demande une expérience de mon état que je ne possède pas encore. Je suis un fantôme trop récent. Alexandra dit : Comment êtes-vous physiquement ? Fantôme dit : Une nuée impalpable. Alexandra dit : Mais encore...? Fantôme dit : Si tu veux parler de comment était mon moi vivant, je ne me le rappelle pas pour le moment. Mais ces jours-ci, en ta compagnie, j'ai eu des flashs de mon corps passé. Alexandra dit : Intéressant. Mais qu'allons nous faire maintenant ? Fantôme dit : Maintenant que tu sais que je suis là, j'aimerais que l'on joue un peu, et que l'on communique. Je sais quelque chose qui ressemble à du "j'aimerais"... J'aimerais parfois devenir ton metteur en scène. Que tu interprètes des pièces, des films ou des ballets pour moi. Et sur MSN, je te dirais le soir si c'était bien. Je serais l'unique spectateur de tes spectacles, et parfois j'en serais aussi le créateur. Alexandra dit : Je devrais suivre vos instructions. Vous dicteriez mes actes, mes paroles. Fantôme dit : Oui. Mais je promets de ne t'offrir que des rôles passionnants. Tu feras avec moi des choses inimaginables; j'essaierai tellement de te surprendre avec mes instructions que tu y trouveras mille délices. Alexandra dit : Vous voulez que je devienne la marionnette d'un fantôme voyeur, d'un pervers qui me surveille la nuit ? Fantôme dit : Ma proposition te choque ? Alexandra dit : Peut-être pas... Alexandra dit : Il y aura du sexuel je suppose ? Fantôme dit : Oui, mais pas seulement. Il y aura du plaisir, c'est certain. Il faudra que le corps brille, qu'il irradie d'énergie. Alexandra dit : Pourrai-je arrêter si je n'aime pas. Pourrais-je vous désobéir si j'en ai envie ? Fantôme dit : Hélàs oui. Tant mieux aussi. Mes pouvoirs se limiteront à ce logiciel MSN mais aussi à l'envie que tu as au fond de toi de faire ce que je prévois... Si je ne te connaissais pas du tout, jamais je ne te ferais cette proposition toute ludique en somme. Mais je pense que tu as des prédispositions. Alexandra dit : Demain, à la même heure, je vous dirai ce que je décide. Adieu, je coupe. Fantôme dit : Moi, je vous dis à tout de suite. Je reste ici. Alexandra dit : Vilain. Je vous parlerai désormais... Parfois, certaines de mes paroles dîtes à haute voix seront pour vous. Fantôme dit : J'en serai ravi. Alexandra dit : Ciao vieux pervers ! Fantôme dit : Au revoir, sublime vivante. June 03 Seul(e)sSamedi soir. Je glisse dans les cybercafés. J'emprunte tous les réseaux pour me déplacer. Je suis même allé à Sidney et à Saint-Pétersbourg... J'adore quand les fils s'arrêtent et que les ondes, me transportant dans les airs, prennent le relais. Voyage insensé. J'ai tout vu d'un seul coup d'oeil. Les autres fantômes, étrangement, ne doivent pas hanter la même dimension que moi, parce que vraiment, je ne vois jamais aucun mort. Je ne fais que moléculiser autour des vivants : vous connaissez ma méthode. Paradoxalement, vivre au sein des flux de communication moderne n'apporte pas les contacts qu'on pourrait espérer. Je vais devoir apprendre à me montrer, apprendre à me faire entendre. Je sais que çà se fait dans certaines maisons : des vivants qui communiquent avec des morts.
Suis-je le seul à être seul ? Les vrais solitaires se cachent bien sûr. Il fut un temps où l'on sortait pour marcher au milieu des fêtards sur le boulevard Montparnasse. Il fut un temps où l'on pouvait aller se saouler au bar du coin et peut-être parler de choses plus ou moins connes avec le patron. Mais aujourd'hui, les humains sont tellement culturellement surexcités qu'ils considèrent comme une maladie honteuse cette solitude qui les attend patiemment au soir de leur vie. Cioran disait : "La solitude, source inépuisable de malheur dans la vie pratique, est la cause directe voire unique de toute richesse intérieure". Cette phrase, aussi magnifique soit-elle, fait de belles jambes à Solange, chez qui je suis allé ce soir faire un tour, attiré par un site sado-maso débile mais marrant. Elle a éteint son ordinateur juste après que je me sois installé sur son canapé, si bien que je ne pouvais plus quitter son appartement. Alors, je suis resté avec elle. Elle n'était pas vraiment belle, mais elle était charmante. A un moment, elle a un peu chanté et sa voix aristocratique m'a beaucoup ému. Elle avait la trentaine, sa fenêtre était grande ouverte. La nuit tombait sur Paris et, telle une héroïne d'Henry James, elle n'hésitait pas à soupirer beaucoup. On aurait dit une danseuse fatiguée : ses gestes étaient lents mais gracieux. J'ai tout de suite vu qu'elle ne savait pas quoi faire. Je regrette, dans ces moments-là, de ne pas savoir lire dans les pensées : si seulement je pouvais hanter les neurones aussi aisément que les octets ! J'en saurais des choses; et avec du sang, et avec des larmes, et avec des désirs...
Solange a allumé une cigarette - à quoi pensait-elle ? - Solange s'est assise sur un tapis et a regardé dehors - pourquoi ses yeux ont-ils souri ? - Elle s'est levé et a esquissé le geste d'allumer la télévision mais non, finalement... - que voulait-elle ? - Elle a farfouillé dans ses CD - oui, moi-même, je trouvais le silence un peu pesant - mais elle n'a pas mis de musique. Non, Solange est restée-là, comme perdue dans ses pensées, à fumer lentement plusieurs cigarettes. Pourtant elle ne doit pas être bête : vous verriez sa bibliothèque : on y trouve du beau monde. Si mes collègues Baudelaire, Proust ou Blanchot avait pu forcer leurs reliures pour venir lui parler, j'aurais assisté, c'est sûr, à une jolie conversation. Mais non. Et je me suis senti triste moi qui ne ressens plus rien. J'avais envie de la prendre dans mes bras et de lui chuchoter à l'oreille : "Ce n'est qu'une grande ville imbécile, tu n'y es pour rien..."
J'ai noté dans ma mémoire éternelle l'adresse IP de son ordinateur : j'irai désormais souvent voir comment va ma charmante solitaire. Dommage que je sois mort : c'est bien ce genre de fille que j'aurais aimé tenter de rendre heureuse... May 31 Le compte joint des conjoints.
May 28 On va enfin se marrerJ'ai encaissé le coup, çà y est ! Je suis décédé, clamsé, crevé, mort, dead, foudroyé, anéanti, éteint, foutu, enterré : vous ne vous imaginez pas la liberté que cela va m'apporter. Un fantôme bénéficie d'une licence de parole infinie. Rien ne peut l'entraver. Hervé, le petit vacancier timide qui rédigeait naguère pour moi ce blog, est un gentil garçon. Je lui souhaite vraiment une vie agréable et pleine de bonheur. Mais pour améliorer la qualité de cet espace perso, il est nécessaire que je reprenne les commandes. Moi, vous l'avez compris je pense (vous n'êtes pas idiots), je suis le fantôme d' "En Vacances sur la Terre". Et j'accède à une totale autonomie. Ce blog n'a plus d'auteur, il s'écrit désormais tout seul... C'est moi qui l'anime par la seule volonté de ma nature d'esprit. Esprit frappeur, j'ai appris à taper sur le clavier. Esprit de contradiction, j'ai changé le mot de passe qui servait de clé au naïf Hervé. Esprit clair, j'essaierai de continuer à penser le monde que je hante avec lucidité. Mauvais esprit, j'accentuerai la provocation quitte à être détesté : un fantôme a tous les droits, surtout celui d'être plus radical. Je sais qu'Hervé lira et verra ce que je publie ici. J'espère que mes idées lui seront utiles pour son travail de cinéaste.
Je conclue en disant ceci : j'ai enfin compris que tous ces méga-octets de mémoire, ces petites impulsions électriques dans les fils du téléphone, ces petits électrons qui balaient nos écrans pour nous présenter des espaces perso possédaient une valeur spectrale dont il faut tirer les conséquences. Laisser des commentaires instantanément aux quatre coins du monde, faire lire des mots délocalisés à des inconnus, ne pas savoir où se trouve le gigantesque ordinateur qui garde en mémoire les blogs, se déplacer à la vitesse de la lumière ADSL : ce ne sont pas là des pouvoirs que possèdent les humains ! Seuls les fantômes, qui n'ont pas de corps, peuvent réussir tous ces exploits... Poétiquement, vous comprendrez donc ma révolutionnaire mutation. Il me semble seulement plus honnête d'annoncer la vraie matière dont je suis fait ici. Si vous voulez absolument parler à un être humain vivant, eh bien, invitez ce couillon d'Hervé à venir prendre le thé chez vous...
Il ne me reste qu'à vous souhaitez de Bonnes Vacances Spectrales ! Et quand vous entrouvrirez cet espace... Méfiez-vous de son fantôme... Parfois, il s'installera dans vos maisons sans que vous vous en doutiez... Territoire InconnuHum Hum ! Ho Ho ! Eh Ho ! Eh Ho ! Y-a quelqu'un ? Eh Ho ! Mais enfin, c'est quoi ce truc ? Où est-ce que je suis tombé moi ? Ha, voilà quelqu'un... Il a l'air occupé, mais je vais lui demander de m'aider, lui demander où je suis. Tiens ? Il est assis devant un écran d'ordinateur. Il pianote, il lis. Derrière lui, je vois une kitchinette et une femme qui fait cuire des champignons. Mais pourquoi je suis chez ces gens que je ne connais pas moi ? Je devrais peut-être sortir plutôt. Retourner chez moi. Heu ? J'y pense. Je ne sais pas vraiment où j'habite moi... Oh la la, tout ceci est fort inquiétant. Je me sens un peu oppressé tout à coup. Mais çà fait pas mal, c'est étrange.
Oh merde : le type à l'ordinateur lève les yeux vers moi. Vite, je me cache... Là, une porte... Damned ! Pas le temps, il m'a vu... Il me regarde. Il me fixe. Il va me demander ce que je fous dans sa maison... Je vais pouvoir lui demander où je suis. Il me regarde. Hé mec, tu me vois ? Je suis chez toi. OK, je vais parler alors : "Bonjour ! Désolé ! Vous allez trouver çà très bizarre mais... Je viens de m'apercevoir que je suis chez vous. Vous faîtes joujou avec un PC Familial, votre femme cuisine... Et moi, je ne comprends rien ! Aidez-moi, s'il vous plaît..." Silence. Il demande à sa femme si elle pense que 156 euros une chambre double, c'est trop cher ou pas... Mais il se fout de ma gueule... "Hé mec, je t'ai posé une question, j'ai pris la peine de t'adresser la parole malgré ma situation incongrue... C'est pas très poli d'ignorer les gens de cette façon..."
Merde, pourtant je parle français... Et fort en plus ! Ils font semblant de ne pas m'entendre ces blaireaux ! Je sais : je vais casser un truc ! Ca va les faire réagir ! Heu...? Voilà, je vais faire tomber ce masque africain, le balancer dans la cuisine même... Bah ? Qu'est-ce qui se passe ? Je le touche mais je n'arrive pas à l'attraper avec mes mains. C'est comme si je n'avais plus de force et pourtant je ne me sens pas fatigué du tout. J'ai la trouille (de plus en plus), mais j'ai quand même la pêche !
Bon OK, on emploie les grands moyens ! Oh ! Hé ! Oh ! Hé ! Le petit couple là ! JE SUIS LA REGARDEZ ! JE DANSE LE HIP HOP DANS VOTRE SALON ! DITES-MOI CE QUE JE FOUS ICI BORDEL !!!
Mais c'est pas possible. On dirait qu'ils ne me voient pas, qu'ils ne m'entendent pas... Putain, j'ai besoin de m'asseoir moi... J'ai la tête qui tourne, çà ne va pas du tout ...
Bon, soyons méthodique : tout à coup je me retrouve dans le salon de parfaits inconnus. La question c'est : juste avant, j'étais où ? Concentre-toi ... Concentre-toi ... Aout ! Aout ? Oui, ca doit être mon nom çà, je me rappelle, je m'appelle Aout, Aout70. Et j'habite...? Où j'habite ? Là, c'est flou.
J'étais en vacances. Il y avait une fille. Et puis après, c'est le trou noir.
Ah çà y est, maintenant, je sens le coup de pompe ! J'ai envie de dormir. Ce sofa est très confortable. "Hé mec, il est un peu cher ton hôtel ! Tu peux trouver mieux que çà sur le net... Ca sent le brulé, non ? On s'en fout. Bonne nuit la compagnie !" C'est un mauvais rêve.
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On dit que la nuit porte conseil : eh bien parfois c'est vrai. Il faut je vérifie un truc. Voilà : la porte est fermée. Attention : un petit pas vers elle... Merde, je le savais ! Merde alors ! Putain vous avez vu çà ! Je suis passé à travers la porte !!! Comme les fantômes !
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Qu'est-ce qui va se passer à présent ? J'ai la trouille. "AU SECOURS QUELQU'UN !!!" May 26 finHervé Vacancier a la douleur de vous annoncer le décès de son espace perso survenu ce matin après une maladie foudroyante. Nous souhaitons remercier sincèrement celles et ceux qui, durant quelques mois, ont témoigné leur intérêt pour les pensées, poêmes et diverses créations présentées ici. Les obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité. May 25 L'Inutile GénéreuxTant d'années durant,
J'ai préparé ces présents,
Amassés en spectres précieux,
Dorment des trésors trop nombreux.
Donner, distribuer, offrir,
Tout est à vous, à toi !
Entrez dans mon jardin cueillir,
Les fruits d'or d'avant mon trépas.
Je lègue, c'est mon héritage.
Vivant, je n'ai pas su donner.
J'ignore toujours à mon âge,
Mettre vos cadeaux en paquets.
Quelle souffrance d'avoir tant pour vous !
Faute d'enrobage, je garde tout.
Et même quand l'audacieuse se sert,
Elle part sans prendre le nécessaire.
Quelques rimes, des pensées,
Des chants, des danses, la liberté.
Mes paroles sans nulle tromperie
Sont toujours à votre merci.
A la distribution, seul dans un coin sombre,
Nul ne voit que mes bras cancéreux,
Débordent d'une vie en grand nombre :
Maladie de l'inutile généreux.
A la fin, cloîtré dans mon coffre fort,
Etouffant sous le poids de tous ces cadeaux morts,
On laissera la poussière recouvrir mes trésors.
Et si dans vingt siècles, de terre on les sort,
On ne comprendra plus qu'ils m'aient causé du tort.
Inutile, inacceptable, inaccepté,
Au plus vite il faut que je tue
Ce stupide moi qui ne pensent qu'à donner,
Toutes ces merveilles dont personne ne veut plus.
May 24 Liberté"La liberté est une sensation. Cela se respire. L'idée que nous sommes libres dilate l'avenir du moment. Elle fait s'exployer à l'extrême dans nos poitrines je ne sais quelles ailes intérieures dont la force d'enlèvement enivrant nous porte. Par une ample, etc..." Paul Valéry - Regards sur le monde actuel - folio essais.
Récemment, une amie m'a laissé ici un court commentaire : " La liberté est toujours relative ". Même si cette pensée me paraît juste, je la crois dangereuse, notamment pour la jeunesse. Voilà, à mon avis ce qu'il conviendrait plutôt de dire : " La liberté est toujours absolue, même si un jour tu t'aperçois qu'elle n'est que relative". Elle est a priori sans limite, théoriquement infinie mais a fortiori nuançable, pratiquement limitée. La seule façon de vraiment connaître l'étendu de sa liberté est d'en faire empiriquement l'expérience. Ce sont les adultes, les institutions, les gens bien sages et tièdes en passion qui voudront toujours enfermer une notion si belle et grandiose dans des cadres qui lui font perdre tout son attrait. Une pensée qui présente la liberté comme un absolu non négociable propose mille couleurs, mille mondes à explorer, tout un horizon de possibles qui seuls pourront générer ce dont nous avons tous besoin plus encore que d'air : des idées, de formes, des beautés nouvelles. Créer, par exemple, c'est croire que tout est possible. A l'inverse, dire, comme si on avait déjà vécu 70 ans, que la liberté est toujours relative, montre un tableau tellement terne et gris de cette aspiration que quiconque, trop craintif sans doute, se pliera sans réflexion à cette demi-vérité, commencera dès son plus jeune âge à épargner pour sa retraite, à alourdir sa vie d'une famille encombrante et à renoncer, pour ne pas bousculer une société bien pensante, à toutes les expériences merveilleuses et dangereuses qu'offrent un système nerveux humain. Simone Weil disait que la liberté, ce sont des choix et non des caprices. Celle ou celui qui entreprend d'explorer l'étendu de sa liberté part pour un périple exceptionnel. Après de multiples aventures, qu'on pourrait dire d'initiation, il touche aux frontières : l'autodestruction et la folie. Jim Morrison, grand lecteur de Nietzsche, est allé, comme de nombreux martyrs dont le destin m'attriste toujours, jusqu'à des zones invivables de la liberté. Mais ce n'est pas parce que l'on sait que l'ultime bout du voyage est tragique qu'on doit s'interdire de l'entreprendre. Quand des idiots croyaient encore qu'au-delà de l'horizon des mers, les pires monstres de l'enfer attendaient les navigateurs imprudents, quelques libres et courageux hommes ont pris le risque de s'aventurer vers l'inconnu et notre connaissance du monde en a été augmentée. "Attention, Monsieur Colomb, la liberté est toujours relative..." "Oui, vous avez raison Monsieur l'Archevèque. Je vais plutôt m'acheter un petit bateau de pêche et bien m'occuper de ma femme." Et alors ? On croirait encore aux monstres aujourd'hui ? La recherche approximative d'une grande liberté infinie, qui génèrera un jour au sein d'une biographie les précieuses notions de choix et de raison, demeure la seule belle énergie de l'homme. Le répérage des limites ayant été fait ( adolescence poussée à son beau paroxysme ), chaque fois qu'une passion renaîtra, chaque fois qu'un enthousiasme pointera son nez léger, chaque fois qu'un(e) ami(e) entreprendra à son tour le voyage, notre coeur s'emplira d'un sentiment profond et subtil, mélange étrange d'absolu et de pragmatisme. Je crois donc que la liberté est avant tout absolue, mais qu'elle est aussi malheureusement relative. Malheureusement pour les esclaves, ceux qui n'ont jamais rien tenté pour se libérer. Il faudrait relire "La servitude volontaire" pour mieux comprendre leur maladie. Mais ce n'est pas en leur tenant un discours à priori raisonnable qu'on les aidera à briser leurs chaînes, mais en leur parlant de folie, de passion, d'audace. Libre à eux, après coup, de déduire de leur tentative ce qui me semble positif dans la relativité de la liberté : les libres choix (c'est à dire les règles qu'on s'impose à soi-même - pas celles que les autres nous dictent ) et la raison mesurée ( c'est-à-dire la capacité à gérer son énergie intérieure pour voyager loin et longtemps). Car la liberté est toujours grandiose et belle. May 18 Droit au Logement (suite)Le film que je veux faire : les premières images que j'en verrai se trouveront sur un écran de verre. VIDEO. VIDEO. Je vois. Je vais rencontrer les responsables de l'association (DAL). Je leur expliquerai mon vague projet. Je me nourrirai d'images et de mots venant d'eux : ce sera un dialogue. VIDEO : je vois. AUDIO : j'entends.
Mais j'en reviens à l'idée de l'écran de verre (même processus pour la pellicule cinématographique) : il s'agit toujours, dans ce mode d'expression, de vitraux, comme dans les églises et les cathédrales. La lumière traverse des espaces colorés. Apparition d'une image. Naissance de l'image. Le verre, le translucide, l'énergie de la lumière, les couleurs + un processus mécanique qui reproduit le mouvement : voilà le cinéma ou la vidéo. Bien souvent, les images vidéos sont projetées sur un écran à l'aide d'un vidéoprojecteur : trois couleurs primaires : le rouge, le vert et le bleu. Le vitrail revient. Les églises. Un toit pour les démunis que l'administration catholique réglemente : "Ah non, ( même les curés le disent ), çà ne va pas devenir une cour des miracles ici ! Ce n'est pas à l'église de faire le travail de l'Etat !" Les Sans-Papiers de l'église Saint-Bernard // au musée de Cluny, un beau vitrail montrant un saint (?) coupant son manteau en deux pour le partager avec un pauvre. Autre présence de l'église dans le thème des sans-abris ou des mal logés : l'abbé Pierre, les compagnons d'Emmaùs, les tentes de l'Hiver 54. Socius = Compagnon. Logement social.
Film : miroir de la vie. Autre image, double du réel construit d'après un modèle. (tenter de) Reproduire la vie, faire quelque chose qui lui ressemble. On pourrait dire que la vie, c'est du biologique, des cellules, et que le film, c'est de la physique : la lumière, les photons. Je vais aller voir à quoi ressemble la vie pour tenter de la reproduire avec des moyens techniques qui l'imiteront. Et entre ce que je verrai et ce que je fabriquerai, il y aura mon cerveau : celui-ci va forcément penser. Il va penser à des agencements, il va comparer des choses, il va suivre des rues. Donc l'imitation ne sera pas parfaite, ni innocente, ni fidèle. Il ne s'agira pas d'un clonage de la vie. Pas une photocopie, pas un duplicata. Car ce que je suis déformera le double qu'une caméra livrée à elle même aurait pu produire, qu'un miroir nu aurait réflété pour lui-même. VIDEO : Je Je Je vois. JE. Ce lui qui voit doit dire qu'il voit. C'est ce que je veux faire : je veux dire que je vois, et en disant cela, je déforme, je transforme, je reforme autrement puisque mon cerveau n'est pas vide. Il ne laisse pas passer la lumière à sa vitesse phénomènale. Mon cerveau capture, arrête la lumière. En traversant mon cerveau, la lumière est ralentie, elle rencontre des résistances, des objets neuronaux : les spectres de mes pensées. Je suis fais de la même matière que ce que je vois. Je cadre, je fais du montage, je fais des choix. Je contrôle le défilement du temps. Tout un chacun peut toujours choisir exactement le même sujet à traiter (Droit au Logement), nul n'obtiendra le même résultat que moi, car mon cerveau contient des secrets dont moi-même j'ignore tout. Mais ma conscience créative me guidera. Je pourrai juger l'objet filmique que je fabrique. VIDEO : Je vois. COGITO : Je pense. AUDIO : J'entends. Et je juge : cela est bon ou cela est mauvais, cela est bien ou cela est mal. Je suis seul juge.
Métaphore du vitrail.
Fabriquer un objet physique sur le modèle du biologique.
Traduire, donc transformer en exerçant ma capacité de jugement et d'analyse.
Résultat : un objet audiovisuel. Une mouvinographie.
A cela s'ajoute l'idée que mon point de vue est celui d'un homme en vacances. Film de vacances, caméra de touriste, techniques d'amateur. Je rends visite à mes voisins de camping, je m'intéresse à eux. Puis je projette les diapos... En théorie, les vacances devraient être libres et heureuses : il faut aller vérifier si c'est bien le cas. Je crains que non. May 17 Nouveau MariageJ'ai pour toi une affection infinie : L'air que je respire ! Toi, les liens, non, jamais, Invisibles pourquoi pas, Souffles sacrés en secret. Restant dans les courants d'air Et ne cessant jamais d'éveiller, Pour qu'à tout moment renaisse L'instant où je t'ai inspirée. 25 m2 par personne !Premières notes pour un projet de film qui traiterait du logement, de ceux qui en sont complètement privé, de ceux qui sont trop mal logés, et de ceux qui ont eu la chance, par leur milieu social, de ne jamais rompre la chaîne du confort.
"Naître" devrait signifier aussi : "recevoir un bon toit". Les plus démunis ne peuvent en aucun cas être reconnaissants envers une communauté nationale si celle-ci leur refuse un abri sûr et confortable. Un Etat, une région, un département, une ville doivent donner l'exemple du don en offrant à tous de l'espace, de l'eau et de l'électricité.
Nous aurons bien le temps de nous poser la question des assistés, des parasites, des profiteurs de système lorsque le droit à un logement spacieux et agréable sera une garantie universelle.
Mais un gouvernement n'est pas là pour être généreux, n'est-ce pas ? Il est finalement un acteur économique comme un autre qui monnaie le moindre de ses services et qui se montre avare de ses richesses. Toujours, éternellement du donnant-donnant. Mesquine politique !!!
Alors, dans ce cas, j'exige qu'on me demande mon avis, lors de ma déclaration d'impôt, sur l'utilisation que je veux que l'Etat fasse de l'argent que j'apporte à la collectivité et que j'ai gagné en excerçant une activité professionnelle modérément intéressante. Pour ma part, je mets le droit au logement en première place de mes priorités.
Pour voir apparaître mes notes, cliquez joyeusement ! May 15 When I will be dead forever.Soon, I will be a famous cinematographer, Who makes movies with Burt Lancaster; But he's dead.
Soon, I will travel all over the world, Sleeping in small hotels, looking for my girl, But she's dead.
Tomorrow, we will live on a funny earth, Holiday everyday, free like a wild horse, Is it a dead idea ?
In one week, I will send my tax announcement, For staying a good citizen but our government Is already dead. The future is a bit sad, The present is so bad, But maybe I would feel better, When I will be dead forever.
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