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February 08 Le dormeur dans le métroIl faut quatre minutes de marche pour se rendre de l'immeuble du dormeur jusqu'à sa station de métro. La large avenue descend un peu. Sur la piste cyclage qui la longe, il n'est pas nécessaire de pédaler si l'on va dans ce sens. Les vélos filent sans effort comme des fusées. Près du kiosque à journaux réouvert récemment, le dormeur jette son mégot de cigarette. Son oeil est attiré par le panneau d'information municipale. Encore des écritures électroniques, affichage digital, alternance des numéros d'urgence, des nouveaux horaires de la RATP ou des dates d'une exposition. L'écran toujours omniprésent. Sur le quai, une information est délivrée en chiffres lumineux : le nombre de minutes qu'il faut encore attendre avant l'arrivée du premier train. S'il a le temps et de la monnaie, le dormeur s'achète une barre chocolatée au distributeur automatique. Ces magasins sans personnel, ces robots vendeurs ont l'avantage de ne pas être bavards. Mais trop souvent, ils fonctionnent très mal et l'acheteur est volé. Il insère des pièces, le produit qu'il a demandé en tapant un numéro reste coincé dans la machine, ou bien c'est le digicode qui est défectueux. Mais pour le même résultat : l'automate avale l'argent, ne fournit pas le produit demandé, et tout remboursement est impossible. Alors, une double frustration survient : celle de se faire arnaquer, et celle de ne pas consommer. Le train entre dans la station, il est presque vide à cette heure matinale. Seule la toute première voiture de la rame est remplie de voyageurs. Insectes, ils se sont tous aglutinés au même endroit. Est-ce pour se tenir chaud ? Est-ce pour ne pas avoir voulu se fatiguer à parcourir le quai ? Ils savent sans doute qu'ils seront mieux placés ainsi pour rejoindre leur sortie ou leur correspondance. A cette heure, les travailleurs ont une seule hantise : celle de ne pas être en retard d'une seule minute à leur travail. Le dormeur, qui prend le métro entre 5 h 30 et 5 h 50 selon les jours, sait bien qu'à chaque rame correspondent tels individus. Bien conditionnés, quotidiennement à la même heure à la minute près, il reconnaît ses compagnons de galère. Si bien qu'en apercevant tel homme ou telle femme sur le quai, il peut dire, sans regarder sa montre ou la pendule électronique du quai, s'il est plutôt en avance, s'il est tout juste dans les temps, ou s'il est en retard. Le dormeur aime avoir quatre place pour lui tout seul lorsqu'il s'installe dans le métro. L'hiver, il se pelotonne dans son manteau et se sert des fauteuils en face de lui pour appuyer ses pieds, position très confortable. Il mange sa barre chocolatée, Kit Kat Chunky, Twix ou Snicker. Jolis noms pour de la nourriture rapide et industrielle. Parfois il rédige un texto à l'aide de son téléphone portable. Il montre ainsi qu'il a une pensée pour une femme. Elle lui répondra peut-être. Le petit écran bleuté s'éclaire, le sons émis par les touches est enrobé, de faible volume et plutôt agréable pour une oreille habituée à la culture électronique. Le téléphone pose des questions, il exige sans cesse des confirmations, il offre des options. « Votre texto à Muriel a bien été envoyé ». Muriel est loin, comme les autres. Il ne la voit jamais. Il lui parle souvent ou parfois, mais elle a sa vie et elle n'a pas l'intention de construire quelque chose avec le dormeur. Toutes ces sociabilités sont taïwannaises. Taïpei est la ville modèle. Il faut penser aux films que Tsaï Ming Liang a tourné dans les années 90. « The hole », « Les rebelles du dieu néon ». Wong Kar Waï a fait le même constat à Hong-Kong. Et le métro du dormeur, avec ses voyageurs pressés mais fatigués, arrive à la station où il doit impérativement descendre chaque jour. TrackbacksThe trackback URL for this entry is: http://rvdaout.spaces.live.com/blog/cns!DCBF512B9CC98239!1091.trak Weblogs that reference this entry
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